Les «crimes contre l’humanité» envers les Yéniches bientôt reconnus par le parlement

24. Aprile 2026

Le Conseil national devrait voter lundi une déclaration admettant les persécutions infligées aux gens du voyage au XXe siècle. Un signal fort en cette année qui marque le centenaire du lancement, en 1926, du programme de placement forcé d'enfants.

Le Temps/ Yan Pauchard

La Suisse s'apprête à rouvrir l'une des pages les plus sombres de son histoire. Lundi, le Conseil national devrait voter une déclaration regrettant «la grande souffrance» infligée aux communautés yéniches et manouches au cours du XXe siècle. Le texte reconnaît également que «cette minorité de citoyennes et citoyens suisses a été victime, dans son propre pays, d'une persécution qui peut être qualifiée de crime contre l'humanité». Le geste est avant tout symbolique.

«Mais il n'est de loin pas anodin, une telle déclaration demeure rare, elle est forte», souligne le centriste genevois Vincent Maitre, rapporteur pour la commission à l'origine de la démarche, celle des affaires juridiques (CAJ). Persécutés jusqu'aux années 1970 Jusqu'au début des années 1970, les Yéniches et les manouches ont été systématiquement persécutés. Certains ont été enfermés dans des institutions ou mis sous tutelle contrainte. Des femmes ont été stérilisées contre leur gré. Durant cette période, dans le cadre d'un programme de Pro Juventute, appelé les «Enfants de la grand-route», près de 2000 d'entre eux ont été retirés à leurs parents, placés dans des familles d'accueil ou des foyers, afin d'être sédentarisés.

Cette assimilation forcée a été qualifiée pour la première fois de «crime contre l'humanité» le 20 février 2025 par le Conseil fédéral, par la voix d'Elisabeth Baume-Schneider, qui a réitéré ses excuses envers ces minorités. Pour les membres de la CAJ, la prise de parole du gouvernement n'est néanmoins pas sufifsante. «Nous estimons que le parlement doit également faire une déclaration publique pour marquer sa compassion avec les victimes et leurs descendants, relève encore Vincent Maitre. Il est aussi important de reconnaître que les autorités administratives de notre pays ont participé à un crime contre l'humanité, ce qui est aujourd'hui établi par des travaux tant historiques quejuridiques, et de faire amende honorable.» Pour le conseiller national socialiste Ueli Schmezer, la portée symbolique de la déclaration est renforcée par le fait que 2026 est une importante date commémorative pour les gens du voyage.

C'est en effet en 1926, il y a 100 ans, qu'a été lancé le programme «Enfants de la grand-route». Des UDC opposés L'élu bernois s'est fortement engagé sur ce dossier. «Habituellement, lorsque l'on parle de crimes contre l'humanité, on pense à des événements survenus loin, sur d'autres continents, et souvent il y a longtemps. Or ici, il s'agit de crimes commis ici même, avec la participation des autorités étatiques, contre des citoyens suisses, et cela, il y ajuste 50 ans», justifie Ueli Schmezer. Pour lui, la reconnaissance par le Conseil national, assemblée qui représente le peuple, sera «un signal extrêmement fort que nous assumons notre histoire».

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«C'est un moment important, assure Sandra Gerzner, pas seulement pour nous, les Yéniches et les manouches, mais aussi pour l'ensemble de la Suisse et pour la justice». «Mais la reconnaissance d'un crime contre l'humanité tel qu'il est reconnu par le droit international implique aussi des devoirs et des obligations. Elle engage», poursuit Sandra Gerzner. Pour elle, le débat du National ne prendra tout son sens que s'il ouvre la voie à des changements tangibles pour les Yéniches et les manouches. Et à une véritable prise : de conscience pour que ces persécutions ne se reproduisent pas.